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« Rêverie sur Antiochus : l’influence de la courtoisie dans la Bérénice de Racine »

Résumé : Les lectures, les études littéraires, les mises en scène mettent en avant, dans Bérénice, l'histoire d'un couple, celui que le personnage éponyme forme avec Titus, et posent implicitement la question du statut d'Antiochus : classé personnage principal, mais non héroïque, il n'intéresse souvent que de manière secondaire. Pauvre Antiochus injustement jeté dans les limbes du second rôle après avoir été rejeté par la femme qu'il aime ! Et pourtant, s'il est, dans cette pièce, un homme digne d'être aimé et peut-être même un véritable amant, ne serait-ce pas lui avant tout autre ? Car, dès avant que le rideau soit levé, Titus a pris la décision de sacrifier Bérénice à la volonté romaine. Titus n'est pas Rodrigue, il sait déjà : l'obstacle, pour lui, n'est pas le dilemme, mais la peur de l'aveu. Et là encore, dans la relation à Bérénice, c'est Antiochus qui se démarque en lui avouant ses sentiments dès le premier acte. On pourrait y voir la part du jansénisme racinien qui opposerait la virtus romaine à la mollesse de l'Orient et des sentiments faciles. Et pourtant, Antiochus impulse nombre de leitmotive qui sont ensuite repris par Titus et Bérénice : la tentation de l'exil poussée ensuite dans la forme extrême du suicide, et les motifs verbaux de l'irréparable (« Hélas ! », « pour jamais », « pour la dernière fois » qui forment notamment la matrice des grandes tirades de Bérénice et des vers parmi les plus célèbres de la pièce). Il est l'énergie langagière de la pièce, et de fait il est celui qui ouvre et ferme cette dernière par ses répliques, devenant un personnage moteur, et un modèle de l'amant dont la valeur exemplaire s'impose aux deux autres personnages jusque dans leur rhétorique. Les mises en scène qui en ont fait un être falot ont peut-être trop pris au mot ce personnage souvent tenté par le silence et l'exil, sans le replacer dans l'économie d'ensemble de la pièce : Antiochus n'est pas effacé, mais sacrifié, ce qui ne doit pas lui donner sur scène la même dimension. Dans le triangle amoureux de Bérénice, il semble que l'on puisse trouver des réminiscences du schéma courtois : le personnage éponyme tient le rôle de la dame inaccessible, par son rang comme par son statut d'épouse du seigneur ; et en termes de seigneur, Titus est ce que l'on peut imaginer de plus puissant, lui l'empereur qui règne sur les rois, et sur Antiochus lui-même. Il est en quelque sorte ce qu'Arthur était à Lancelot, la démesure de la Rome impérialiste en plus. Dois-je croire qu'au rang où Titus la destine Elle m'écoute mieux que dans la Palestine ? Il l'épouse. Ai-je donc attendu ce moment Pour me venir encor déclarer son amant ? Quel fruit me reviendra d'un aveu téméraire ? Ah ! puisqu'il faut partir, partons sans lui déplaire. Retirons-nous, sortons ; et sans nous découvrir, Allons loin de ses yeux l'oublier, ou mourir. (Bérénice, v. 27-34)
Mots-clés : Antiochus Bérénice Racine
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Contributor : Adeline Duperray <>
Submitted on : Tuesday, February 27, 2018 - 4:20:25 PM
Last modification on : Thursday, November 28, 2019 - 1:37:06 AM
Long-term archiving on: : Thursday, May 3, 2018 - 12:56:20 AM

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Rêverie sur Antiochus version...
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  • HAL Id : cel-01700129, version 1

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Adeline Duperray. « Rêverie sur Antiochus : l’influence de la courtoisie dans la Bérénice de Racine ». 2011. ⟨cel-01700129⟩

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