. Dans-la-pensée-de-zambrano-une-nouvelle-conception-de-la-raison-qui, prend une distance miséricordieuse vis-à-vis de l'histoire, depuis laquelle elle contemple la nécessaire réforme vitale de l'entendement. Zambrano « sort de l'histoire » et trouve une justification tout autre au métier d'intellectuel, non plus engagé au service du devenir politique comme elle le définissait durant ses années en Espagne, mais comme « le médiateur qui définit les origines et la fin » 27 . La figure de Sénèque est alors convoquée comme image du travailleur résigné, dont l'affrontement avec le pouvoir a confiné à l'échec, mais qui n'a pas perdu espoir 28 Du tragique échec espagnol peut dès lors surgir une forme de lumière Zambrano écrit que le sort des sacrifiés de l'histoire que sont les exilés espagnols est porteur d'une nouvelle mission, « una deuda, un deber »: « recoger esa experiencia, clarificar en enseñanza, en clara y compleja 'razón de amor', todo el dolor, de todo un pueblo ». L'exil ne dissout pas le sens éthique de l'engagement zambranien, du moins philosophique, sans renoncer à ses coordonnées éthiques Una voz que sale del silencio la miséricorde » qui donnait son sens à l'engagement des défenseurs de la République, c'est encore l'amour qui est à l'oeuvre dans leurs « vertus de martyrs, 1940.

J. Ortega, «. Gasset, and . Cuaderno-de-bitácora, Archives Ortega y Gasset, fonds « Notas de Trabajo, f°3. 23 María Zambrano, « Los intelectuales en el drama español?, p.242

. Zambrano, Los intelectuales en el drama de España y escritos de la guerra civil, p.86, 1998.

«. Zambrano, . Un, and ». Séneca-o-la-resignación, in Los intelectuales en el drama?, op. cit., p. 193. Cf Inmaculada Murcia Serrano, « María Zambrano y el estoicismo senequista español, Thémata, pp.34-271, 1938.

E. Fourmont-giustiniani, «. Zambrano, and . Ortega, un dialogue (en creux) sur l'engagement et le silence en temps d'exil », Clartés de María Zambrano, Raphaël Estève (dir, pp.111-128, 2013.

S. Même and . Ortega, émigration massive d'aristocrates qui a suivi la Révolution française, son intention étant celle de mettre en parallèle cette dernière avec la situation politique espagnole de 1936, tacitement considérée comme révolutionnaire Ses notes montrent comment il entendait articuler cette idée avec son analyse de la crise morale, culturelle, et politique dans laquelle sont plongés les pays d'Occident 29 Ortega n'en vit pas moins durement, au plan personnel, un déracinement qu'il pense d'abord définitif ; « cuando pasa en un país lo que pasa en España, es como si te cortaran las raíces y te quitasen el suelo bajo los pies », confie-t-il par exemple à Victoria Ocampo en 1936 30 Plus que jamais, sa définition du naufragé qu'est l'homme acquiert des accents autobiographiques. « Recae, pues, en pleno sobre el exiliado toda la ambigüedad de la condición humana », juge également Zambrano ; mais si l'exil chez Ortega est manifestement envisagé du point de vue de la raison vitale, qui est une raison biographique et historique, chez sa disciple il est exploré du point de vue existentiel et presque mystique de la raison poétique. Zambrano relate dans plusieurs écrits, tels que Delirio y destino, son vécu de l'exil ; mais tenter le subsumer au moyen d'une approche philosophique. L'exilé lui apparaît comme un être totalement dénudé, dans sa condition première, dépouillé et dans une solitude radicale. L'exil se donne à vivre comme un processus de , ,nnn vcccccxb qui l'assimile à une expérience mystique : « De destierro en destierro, en cada uno de ellos el exiliado va muriendo, desposeyéndose, desenraizándose » 31 . L'exil est une expérience-limite, qui place celui qui le vit sur une frontière, un seuil perpétuel : « parece haberse salido de la historia y está en su orilla » 32 . L'exilé sort de l'histoire, mais du même coup accède à un horizon suprahistorique, le lieu d'une clarté où la vérité de l'histoire lui apparaît: « por verla, por estarla viendo cada vez con mayor claridad y precisión, desde ese lugar, en ese límite entre la vida y la muerte donde habita, el cual es el lugar privilegiado para que se dé la lucidez » 33 donne à l'héroïne tragique les caractéristiques de l'exilé, « aurora de la humana conciencia Antigone connaît une seconde naissance en étant enterrée vive ; « un secundo nacimiento que le ofrece, como a todos los que esto sucede, la revelación de su ser en todas sus dimensiones ». Le centre de la tragédie, révèle Zambrano dans le prologue à cette oeuvre, est la fraternité comme « protagoniste rédempteur » qui est sacrifié et en place duquel apparaît la solitude humaine : la guerre civile est lue en termes éthiques, et les sacrifiés de la guerre apparaissent comme les « victimes propitiatoires de l'histoire humaine ». Ces victimes suppliciées écrivent l'histoire vraie, celle qui s'oppose à l'histoire apocryphe, « esa que la razón filosófica se afana en revelar y establecer y la razón poética en rescatar » 34 . L'histoire de l'Espagne qui culmine dans la Guerre civile est un rêve pluriséculaire, dont l'exilé, par la force, s'éveille, découvrant ainsi l'horizon, et renaissant au temps, à la conscience, à la liberté. Le seuil tragique de l'histoire espagnole qu'est la guerre civile, ce « noeud », doit être défait. Et il ne peut l'être qu'avec le concours de l'exilé, si on lui donne voix et parole. « No pide otra cosa sino que le dejen dar, dar lo que nunca perdió y lo que ha ido ganado; la libertad que se llevó consigo y la verdad que ha ido ganando en esta especie de vida póstuma que se le ha dejado » 35 . La notion d'ensimismamiento que l'on trouve chez Ortega, ce repli fécond sur l'intériorité qui permet au philosophe d'y découvrir la vérité, a quelque chose à voir avec le retour à la pénombre, ce thème dans sa réflexion philosophique est sans commune mesure avec celle que lui accorde Zambrano, comme sont dissymétriques leurs trajectoires vitales pendant leurs exils respectifs. Ortega, pour sa part, cherche surtout à situer son propre exil, volontaire, dans une séquence historique, pour le comprendre généalogiquement. Plusieurs de ses notes de travail traitent ainsi de l condamnée au supplice de « vivir su muerte, para apurarla apurando al par su vida, su vida no vivida y con ella al par de ella, el proceso trágico de su familia y de su ciudad ». Comme l'exilé Ces fragments étayent une idée que l'on trouve dans plusieurs textes de) : l'éloignement culturel et moral entre les nations européennes se serait dangereusement aggravé au cours du XX e siècle, pp.506-528, 1937.

V. Lettre-d-'ortega-À and . Ocampo, Archives Ortega y Gasset, CD-O/30, La métaphore du naufrage chez Ortega : naufrage ou victoire ironique de la métaphore ? ». Les Langues Néo-latines, pp.329-354, 1936.

L. Zambrano and . Tumba-de, Antígona y otros textos sobre el personaje trágico, sq. 35 María Zambrano, « Carta sobre el exilio, pp.154-469, 2012.