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Quatre questions-clés sur la croissance démographique en Afrique

Résumé : Le discours néo-malthusien visant à accuser la croissance démographique mondiale, mais particulièrement celle de l'Afrique, parmi les plus grands maux à craindre pour la planète dans les prochaines années, s'est ré-immiscé insidieusement dans le discours politique français, mais également dans le discours médiatique. Cette idéologie occidentale infuse ainsi dans toutes les sphères de la société française, même aux plus hautes fonctions ; l'actualité nous le démontre une fois de plus, avec les propos du président français lors du dernier sommet du G20. En tant que démographes, spécialisées sur l'Afrique sub-saharienne, nous sommes profondément interpelées de constater l'ampleur de la diffusion de cette idéologie occidentale. Dans le texte qui suit, nous nous sommes attachées à présenter la réalité de la dynamique démographique en Afrique, à montrer en quoi elle relève de mécanismes plus complexes que ce que le discours dominant veut le faire croire, à démêler l'écheveau entre développement et démographie et enfin à déclarer que la population africaine n'est pas une bombe prête à exploser. Bénédicte Gastineau(1), Valérie Golaz(2), Stéphanie Dos Santos(1) Chercheures, démographes au Laboratoire Population Environnement Développement (1). Institut de recherche pour le développement (2). Institut national d'études démographiques Pourquoi la fécondité est-elle si élevée en Afrique ? Les niveaux relativement élevés de fécondité de certains pays d'Afrique sont tout à fait rationnels, surtout dans des contextes de grande pauvreté. Dans les pays où les assurances santé, vieillesse, chômage sont rares et où les revenus sont si faibles que les familles n'ont aucune capacité d'épargne, seule la solidarité familiale permet aux personnes dépendantes de survivre. Un adulte (malade, sans ressources ou simplement âgé) qui ne peut subvenir à ses besoins ne peut compter que sur sa famille et généralement sur ses enfants adultes. C'est dans ces mêmes pays que la mortalité est la plus élevée, dans l'enfance comme à l'âge adulte. C'est pourquoi la fécondité est élevée : plus les couples ont d'enfants, plus ils ont de chances qu'au moins l'un d'entre eux soit vivant et solvable lorsqu'eux-mêmes auront besoin de leur aide. Les enfants sont l'assurance de leurs parents. Prenons l'exemple du Niger qui enregistre le plus fort niveau de fécondité au monde, des taux de pauvreté et une mortalité très élevés. Les femmes ont en moyenne 7,6 enfants, mais seuls 2,7 fils seront encore en vie à l'âge adulte au moment où leurs parents ne seront plus en âge de travailler. C'est principalement sur ces fils que les parents pourront le plus s'appuyer pour bénéficier d'un soutien matériel et financier, en l'absence d'assurances santé et vieillesse, dans un contexte patriarcal. Dans ces conditions, rien de plus rationnel à ce que les couples nigériens aient une fécondité relativement élevée. A l'opposé, en Tunisie, des systèmes d'assurance ont été mis en place dès les années 1970, parallèlement à la généralisation de la scolarisation, l'accès à la planification familiale, etc.. La fécondité y a baissé rapidement pour atteindre aujourd'hui un niveau comparable à celui de la France : 2,1 enfants par femme.
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https://hal-amu.archives-ouvertes.fr/hal-01794954
Contributor : Valérie Golaz <>
Submitted on : Friday, May 18, 2018 - 9:12:14 AM
Last modification on : Wednesday, February 19, 2020 - 12:08:05 PM
Long-term archiving on: : Monday, September 24, 2018 - 4:09:07 PM

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  • HAL Id : hal-01794954, version 1

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Bénédicte Gastineau, Valérie Golaz, Stéphanie dos Santos. Quatre questions-clés sur la croissance démographique en Afrique. 2017. ⟨hal-01794954⟩

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