Skip to Main content Skip to Navigation
Conference papers

Des passeurs de frontières aux « workpackages » : quels enseignements ?

Résumé : L’objet de cette communication est de contribuer à une analyse sociologique critique des formes contemporaines d’institutionnalisation de l’interdisciplinarité au regard de l’histoire de sa construction dans le domaine de l’environnement. En France, la constitution d’un domaine de recherche sur l’environnement s’est appuyé sur le développement de projets interdisciplinaires sciences sociales / sciences de la nature impulsées à la fin des années 1960 par la commande publique. La concrétisation des premières expériences interdisciplinaires s’est faite au sein de l’institution, mais à ses marges, dans des projets collectifs qui avaient comme ambition de transformer les savoirs établis. Les chercheurs engagés dans ces recherches ont joué un rôle de pionniers qui, en prenant le risque de rester aux marges de leurs propres disciplines les ont aussi questionné et fait avancer quant à leur capacité à saisir des enjeux nouveaux. Ce « milieu interdisciplinaire » a aussi été le creuset de tentatives de formalisation et de théorisation interrogeant la portée épistémologique pour les différentes disciplines de ces démarches interdisciplinaires, ainsi que leurs visées transformatrices. L’ouvrage dirigé par Marcel Jollivet, Les passeurs de frontières (1992), en fournit une synthèse collective, marquant aussi une forme de reconnaissance de ces pratiques avec la création des PIREN par le CNRS à la fin des années 90. Aujourd’hui, le recours à l’interdisciplinarité semble devenir une règle instituée de mise en œuvre de l’activité scientifique et pédagogique. Présentée comme nécessaire du fait du caractère « global » des enjeux environnementaux, elle est aussi décrite comme incontournable à la compréhension de leur complexité. Cette injonction institutionnelle prend les atours de l’innovation alors même que sa mise en œuvre renforce les logiques dominantes de la pratique scientifique et contraint les chercheurs à adhérer aux normes dominantes de la productivité scientifique. A contrario des premières tentatives, les cadres et règles de mise en œuvre de l’interdisciplinarité au sein des projets de recherches deviennent un exercice obligé dont la réalisation va à l’encontre même des principes qui y sont prônés. Nous interrogerons ainsi la façon dont la logique des « workpackages » loin de favoriser les échanges interdisciplinaires aboutit à un assemblage de disciplines. Les échanges au sein de ces workpackages sont la plupart du temps limités à une interdisciplinarité « endogène» entre disciplines aux épistémologies proches. Enfin, dans l’agencement de ces projets, s’opère aussi la reproduction des hiérarchies disciplinaires, notamment vis à vis des sciences sociales, reléguées à la « mise en contexte socio-économique » des problématiques des « sciences de l’environnement ».
Document type :
Conference papers
Complete list of metadatas

https://hal-amu.archives-ouvertes.fr/hal-02093915
Contributor : Marie Jacqué <>
Submitted on : Tuesday, April 9, 2019 - 12:19:30 PM
Last modification on : Thursday, April 11, 2019 - 1:07:01 AM

Identifiers

  • HAL Id : hal-02093915, version 1

Citation

Chantal Aspe, Marie Jacqué. Des passeurs de frontières aux « workpackages » : quels enseignements ?. Colloque INterDISCIPLINariTÉ, Université de Bordeaux / Centre Emile Durkheim, Jun 2017, Bordeaux, France. ⟨hal-02093915⟩

Share

Metrics

Record views

29