, Or, c'est à mon sens, une manière d'imbriquer ou alors carrément de détruire le distinguo discours « de » / discours « sur ». Ces exemples d'entretiens d'artistes foisonnent dans les revues 15 . Il suffit d'évoquer, là encore la revue [plastik] et tout spécialement son dernier numéro qui, sur une proposition de Nathalie Delbard, à voulu explorer la question du collectif d'artistes sous le titre : « OEuvres à plusieurs » 16 . Les entretiens y occupent une place assez importante, à commencer par l'entretien que nous a accordé Germain Roesz, grand connaisseur de tout ce qui concerne le travail en groupe et qui a pris, pour répondre à cette longue conversation, tout naturellement le point de vue de l'artiste mais également du théoricien qui s'est intéressé à la question 17 . On soulignera en outre deux autres entretiens, menés également par deux plasticiennes, On comprend assez vite la porosité qui s'instaure alors entre les deux sujets de l'entretien et également entre les deux oeuvres des artistes

N. Delbard, Ce qui est frappant dans toute cette série d'entretiens, c'est de voir à quel point on peut tisser des analogies formelles, théoriques et critiques sur les travaux plastiques des interlocuteurs. C'est en cela que je tentais de souligner la, Employés, 16 photographies découpées, 10 X 10 cm chacune, 2003.

J. Dans-la-forme-entretien-un-mode-privilégié-d'écriture, Je crois que ces liens ont été particulièrement évidents dans l'entretien réalisé avec David Nebreda, « J'espère que mon travail sera toujours innocent », précédé par « Le déplacement du sujet. Note sur David Nebreda », in La Voix du Regard, n° 15, op. cit. p.70-77, mais encore plus dans l'entretien réalisé avec Pierrick Sorin, artiste dont je partage le goût pour l'autoportrait et le déguisement (Fig. 9) : « Je résiste à ce en quoi je crois, pp.292-299, 2003.

, OEuvres à plusieurs, 2004.

, « La création collective n'a ni chef, ni rênes, ni cheval », entretien avec Germain Roesz, propos recueillis pas Katrin Gattinger et Anna Guilló, ibid, pp.13-49

, Une gémellité du sensible, pp.58-74

. Berdaguer, . Péjus, and . Seuls, , pp.154-169

, Anne-Valérie Gasc, pOuf, maquettes d'expérimentation et simulation d'usage, Collants, bas noir et résille bleu marine, vol.20, 2001.

, Mon hypothèse tournerait autour de la question du sujet, sujet duel, donc, qui est au coeur de l'oeuvre (ou des oeuvres), qui est évidemment au coeur de la conversation, au coeur de l'écriture, donc de la pensée. Or, ce sujet, c'est l'oeuvre, mais c'est aussi bien évidemment l'artiste avec son corps, sa voix, sa parole, qu'il échange, dans les cas que j'ai mentionnés avec un autre artiste, Or, il me semble que cette forme, qui est une forme critique à condition, évidemment d'en respecter les prérequis dont parlait Marin, échappe à tout ce qu'on peut trouver par ailleurs dans le champ de la critique

, Qu'on me permette de préciser que je n'ai rien contre les critiques même si mon opinion est que le discours sur l'art en général est plus intéressant en soi, et très rarement comme complément de l'oeuvre. Bien entendu, il y a des oeuvres « hermétiques » qui ont souvent besoin d'un discours qui les accompagne, mais il s'agit toujours d'un discours qui fait partie intégrante de l'oeuvre, là encore, un discours de et non pas sur, avec une pensée qui ne serait pas extérieure à l'objet lui-même. Quand je dévore des commentaires comme ceux d'un Daniel Arrasse et que je me retrouve devant une oeuvre qu'il a regardée, je me dis, « tiens Arasse a trouvé cela là-dedans, c'est curieux, intéressant ou non », mais c'est plutôt l'oeuvre qui influence le commentaire de l'auteur a posteriori, comme une pensée anachronique. C'est en ce sens qu'aujourd'hui l'art influence sa critique. Or, ce principe d'influence à rebours peut peut-être changer les regards, modifier les a priori sur le travail des critiques et rappeler que l'activité artistique ne se laisse que très rarement saisir sauf peut, En somme, la question qui se pose est celle de la validité du discours de l'artiste, mais on peut se poser exactement les mêmes questions sur la validité du discours sur l'art en général. La critique a un véritable travail à entreprendre aujourd'hui dans l'analyse concise et précise des réseaux et du pouvoir qu'exercent les critiques

, De là à se demander si l'entretien ferait oeuvre (à plusieurs), il n'y a qu'un pas, mais ça c'est encore une autre histoire