, Mais alors que cette pratique du leurre pourrait s'inscrire dans la « sphère de l'art » par la technique (graphisme, design, performance?) et la démarche (imposture, canular, simulation?), que leur travail est plus reconnu par le milieu de l'art contemporain que par le grand public, les Yes Men ne revendiquent pas pour autant un statut d'artistes. Lorsqu'on leur demande s'ils peuvent être considérés comme des artistes de la performance, ils disent que non au prétexte qu'aux USA les « performance artists » ont plutôt l'image d'un « type qui va se coller des morceaux de jambon dans le cul devant une assemblée de gens triés sur le volet ». En ce sens, ils préfèrent se définir comme des « Protestors » qui empruntent aux techniques de l'écriture, de l'affiche, du décor, de l'accessoire. Pourtant, les Yen Men sont très connus dans le monde de l'art et si on examine les noms de leurs mécènes, on trouve, entre autres, Creative Capital, Fondation Alpert, Guggenheim et Langlois, New York Foundation for the Arts, Lynne Blumenthal Memorial Fund, Rensselaer Polytechnic Institute. Si la critique tient à se les approprier, c'est peut-être qu'ils accomplissent quelque chose que les arts plastiques n'arrivent pas à faire. Cela voudrait dire que leur travail serait de l'art, même si on peut admettre que l'intention soit autre. Mais l'idée d'un art qui serait dépourvu de son intentionnalité est-elle valide à l'heure où il est communément admis que l'intention et le contexte font désormais l'art ? Dans le contexte que je viens de décrire, on comprend vite que les frontières entre art et non art sont minces car si l'on s, À la figure peut-être un peu surannée et parfois obscène de l'artiste engagé, on préfère aujourd'hui celle de l'artiviste. Si certains artistes revendiquent ce statut, d'autres, qui font exactement la même chose, refusent d'être considérés comme des artistes. Les Yes Men fondent leur démarche -à l'instar des pratiques artistiques répertoriées-sur une stratégie d'imitation du réel pour court-circuiter et dénoncer les déviances politiques, économiques et sociales générées, entre autres

, Pour répondre à la commande de cette journée d'études, je dirais que soit le travail des Yes Men n'est pas de l'art, soit il en est, soit la dénomination « art » n'a plus aucun sens mais si la domination n'a plus aucun sens, elle emporte avec elle tous les gens qui en vivent : critiques, presse spécialisée etc. Il me semble donc que le champ des discours sur l'art a intérêt à qualifier les Yes Men d'artistes

. Ainsi, En même temps, ils ne font pas de cette résistance au monde de l'art leur cheval de bataille, ils s'en amusent plutôt, et c'est bien aussi parce qu'ils mettent à mal la figure de l'artiste que le monde de l'art tente à tout prix de les « récupérer ». Certains théoriciens comme Stephen Wright par exemple défendent ce type de pratiques du dés-oeuvrement de l'art, des pratiques avec une intentionnalité non artistique produisant des objets non destinés aux lieux traditionnels d'expositions d'oeuvres d'art. C', les Yes Men posent, avec leurs canulars à grande échelle, des questions qui intéressent la sociologie mais aussi