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"Unité morale et valeur sociale des arts appliqués à l’aube de l’industrialisation"

Résumé : Dans le temps long qui va de Condorcet aux clubs anarchistes de la fin du XIXe siècle, l’art social peut être désigné comme un courant qui se propose de contribuer à l’organisation rationnelle de la vie collective « afin d’assurer le plus grand bonheur possible au plus grand nombre »*. Alors que les effets de l’industrialisation commencent à marquer la production artistique, l’indétermination de la terminologie oblige à redéfinir sans cesse le périmètre de l’enquête. Faut-il prendre en compte les objets fabriqués à l’aide des machines, à faible visée esthétique et destinés à une large clientèle ? ou, au contraire, tout en restant dans le domaine de l’objet usuel, s’en tenir à la seule qualité artistique ? L’éventail est extrêmement large qui comprend, dans l’ensemble de la production associant à une finalité d’usage une intention esthétique, aussi bien le mobilier princier que l’élément en terre-cuite moulée enjolivant une gouttière. Ce flou reflète le statut incertain d’une production qui avait la particularité de relever dans des proportions variables autant du « dessin » - la plus haute des opérations intellectuelles - que du « métier », soumis aux nécessités de la fabrication mécanique et de la vente. Après la tentative d’un Quatremère de Quincy ou d’un Emeric-David d’intégrer ce qui était alors qualifié d’ « arts du luxe » dans le processus de moralisation révolutionnaire, c’est par le biais de la valorisation du travail que les arts devenus « industriels » échapperont à leur supposée infériorité. Néanmoins la reconnaissance de leur efficacité en vue du progrès des masses est loin d’être acquise et subit le contrecoup de la perception négative liée à la mécanisation et à la division des tâches. Au cours des premières décennies du XIXe siècle le divorce entre concepteur et réalisateur est consommé. En revanche dans le champ esthétique la remise en question de la hiérarchie classique par le romantisme permet de desserrer opportunément l’étau des frontières érigées entre les beaux-arts et ses applications usuelles. Ces phénomènes contradictoires ne peuvent que contribuer à brouiller la place des arts appliqués dans le discours sur l’art social tel que l’élabore la gauche française pendant la première moitié du XIXe siècle. La conciliation s’avère difficile entre la volonté de valorisation esthétique des arts appliqués par leur inclusion dans la catégorie du grand art et l’exaltation de leur spécificité, qui est de mettre l’invention et l’originalité au service d’une finalité fonctionnelle et sociale. Ces deux objectifs en partie antinomiques conditionnent les options théoriques et cristallisent les préoccupations catégorielles, faisant du champ des arts appliqués l’un des lieux d’élaboration des esthétiques sociales. * Neil Mc William, Un rêve de bonheur. L’art et la gauche française, 1830-1850, Presses du Réel, 2007 (trad. de : Dreams of Happiness: Social art and the French Left 1830-1850, Princeton University Press, 1993), p. 5.
Document type :
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https://hal-amu.archives-ouvertes.fr/hal-01476692
Contributor : Rossella Froissart <>
Submitted on : Monday, March 6, 2017 - 9:33:03 AM
Last modification on : Thursday, October 24, 2019 - 11:12:47 AM
Long-term archiving on: : Wednesday, June 7, 2017 - 12:19:11 PM

File

art_Social_en_France_de_la_Ré...
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Identifiers

  • HAL Id : hal-01476692, version 1

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Rossella Froissart. "Unité morale et valeur sociale des arts appliqués à l’aube de l’industrialisation". Nel McWilliam, Catherine Méneux, Julie Ramos. L’Art social en France. De la Révolution à la Grande Guerre, Presses universitaires de Rennes, pp.79-94., 2014, art et société. ⟨hal-01476692⟩

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