"This is the box"

Résumé : Il y a une manière rassurante de voir Mulholland Drive comme un film à clés ou à tiroirs, un film en quinconce. En un sens, il suffirait de posséder le bon pass, les bons mots pour le décoder, ou la bonne clé, la clé bleue, forcément, pour en forcer la serrure, la clé bleue s'insérant exactement dans la bonne boîte, la boîte bleue donc : boîte à outils, boîte à pharmacie. Cette boîte, à juste titre au centre du dispositif lynchien, cube laqué à verrou triangulaire, serait alors une sorte, à la fois, de métaphore névralgique et d'abyme claustrophile du film, étendant jusque dans son intérieur le principe de la fabrication (mettre « dans la boîte »), pour un cinéma qui ne cherche pas à cacher sa facture-« Tout est enregistré. Ce n'est qu'une bande », dira le maître de cérémonie du Silencio où règne le play-back-, et surlignant l'aspect roublard du scénario et de la mise en scène (mise « en boîte »). Au réalisateur de revêtir, en conséquence, les apparences d'un diablotin de boîte sur ressort, d'un deus ex machina qui se paierait d'une esbroufe manipulatrice un peu facile. Mais la lecture par la clé est-elle vraiment opératoire ? On se souviendra, par exemple, qu'il n'y a pas une clé bleue dans le film, mais deux, une dans chaque partie, et que si l'on sait ce que la première ouvre, qui ne ressemble pas à une clé (elle aurait plutôt, littéralement, la forme d'un ouvre-boîte), l'autre ressemble beaucoup trop à une clé pour ouvrir quoi que ce soit… Si la fameuse boîte de Mulholland Drive peut être appréhendée, à un moment quelconque, comme une « image » du film, au-delà d'une allusion possible mais un peu forcée (à son tour) à la boîte comme intérieur de la caméra ou comme chambre noire du développement photographique, c'est parce qu'elle implique qu'il n'y a pas de spectateur de Mulholland Drive. Mulholland Drive est ainsi l'archétype du film phagocyte qui, pour employer le vocabulaire de l'historien de l'art Michael Fried, absorbe le spectateur dans son espace-temps fictionnel, quand bien même il travaille d'un autre côté à « labourer », selon le mot eisensteinien, notre esprit de la certitude, jamais perdue de vue, que nous sommes bel et bien devant un artifice (faux raccords, flashes, surimpressions, ralentis, ellipses, etc.). Mulholland Drive serait comme le spectacle pictural des ruines : nous ne pouvons l'apprécier que si nous nous tenons nous-mêmes, par « intropathie », au milieu de ses vestiges. Dès lors, en écrivant qu'il n'y a pas de spectateur de Mulholland Drive, je veux dire qu'il n'y a pas de spectateur dans
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Contributor : Jean-Michel Durafour <>
Submitted on : Thursday, March 14, 2019 - 10:25:24 PM
Last modification on : Wednesday, March 27, 2019 - 9:37:16 AM
Long-term archiving on : Monday, June 17, 2019 - 9:48:32 AM

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This is the box (Mulholland Dr...
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Jean-Michel Durafour. "This is the box". Cyril Habert et Nathalie David (dir.), "Mulholland Drive", Chatou, La Transparence, coll. « Cinéphilie », 2010. ⟨hal-02068415⟩

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