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Le val des hirondelles

Résumé : « On dit que de l'Italie jusqu'au pays des Celtes, des Celtoligures et des Ibères, il y a une route appelée la route d'Hercule… ». Ainsi évoquée au III e siècle avant notre ère par le Pseudo-Aristote*, la mythique voie Héracléenne des historiens et géographes grecs suit, depuis la source de la Durance près du col du Montgenèvre jusqu'au détroit de Gibraltar, d'anciennes pistes préhistoriques. Après le retrait des glaciers il y a près de 15 000 ans, des chasseurscueilleurs ont en effet remonté peu à peu la vallée de la Durance jusqu'au massif des Écrins, ouvrant l'une des principales voies de pénétration dans les Alpes occidentales depuis les côtes méditerranéennes. C'est aussi, si l'on en croit l'historien grec Polybe, cette route d'Héraclée qu'emprunte, à la fin du III e siècle avant notre ère, l'expédition militaire que le général carthaginois Hannibal mène jusqu'en Italie. Entre 121 et 118 av. J.-C., l'aménagement de cet itinéraire donne naissance à la voie Domitienne, grande route stratégique qui dessert la Gaule narbonnaise et qu'empruntent successivement Pompée, César et leurs armées. Dans sa Géographie, l'auteur grec Strabon, contemporain de l'empereur Auguste, présente encore la voie durancienne comme la plus courte et la plus fréquentée entre le Rhône et l'Italie. Condamnée par les invasions barbares, empruntée à la fin du VI e siècle par des populations lombardes qui s'implantent sur les piémonts alpins, la vallée de la Durance retrouve au Moyen Âge son statut de grande voie de communication mais aussi d'évangélisation. Aux premiers évêques attestés dès le tournant des V e et VI e siècles à Embrun, Gap et Sisteron, et aux thébaïdes* de moines installées sur ses rives succèdent, avec la vogue des croisades et l'essor des pèlerinages de Rome puis Saint-Jacques-de-Compostelle, les ordres hospitaliers qui, d'Avignon à Briançon, accueillent les voyageurs sans négliger de prélever quelques péages aux points sensibles de la route. Entre le XI e et le début du XIV e siècle, le Val de Durance est un axe de circulation majeur entre Basse-Provence et Haute-Provence, mais aussi à l'échelle du grand commerce international. Avec l'appui des seigneurs locaux, des foires se créent à proximité de très anciens lieux de passage et de négoce, comme à Forcalquier où le comte de Provence Raymond Béranger V s'efforce en 1217 puis 1229, par des dispenses des droits de péage sur terre et sur eau, d'attirer des marchands venant de « toutes les parties du monde » afin de concurrencer Manosque, voisine et rivale. Tarifs et comptes de péages témoignent alors, à Pontis, Valensole ou Orgon, de la variété des marchandises transportées : le bois, le fer, le plomb et le cuivre exploités en haute Durance et acheminés par voie d'eau, le marbre des Alpes destiné au cloître de Cluny, le bétail et les produits de l'élevage (peaux, laine, fromages) transportés à dos de mulet croisent le blé de la plaine, l'huile d'olive, le poivre et les épices, le poisson du carême venu des cités voisines de la mer. S'esquisse enfin, dans cette période de prospérité économique et de croissance démographique, une première émigration vers le bas pays provençal des « gavots »-sobriquet désignant les Alpins. Grandes migrations La peste de 1348, qui reste endémique en Provence jusque vers 1440, et les guerres civiles du XIV e siècle provoquent à nouveau récession économique et effondrement de la population,
Document type :
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https://hal-amu.archives-ouvertes.fr/hal-02820164
Contributor : Anne Montenach <>
Submitted on : Thursday, March 25, 2021 - 5:52:28 PM
Last modification on : Monday, March 29, 2021 - 2:14:03 PM

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Le val des hirondelles_HAL.pdf
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  • HAL Id : hal-02820164, version 1

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Anne Montenach. Le val des hirondelles. L'Alpe, Glénat - Musée Dauphinois, 2020, La Durance. L'eau vive de la montagne, pp.16-23. ⟨hal-02820164⟩

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