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Conference papers

Révolutions initiatiques  : voir avec le corps

Résumé : Le monde ne se donne pas simplement. De ce constat, comment savoir si le monde est beau alors que nous ne sommes pas certains de savoir ce qu’est le monde ? L’expérience esthétique est ce moment initiatique où le monde apparaît désormais comme étant lui-même et nous avec. Ce « sentiment de l’existence » n’a lieu qu’à un instant T, celui du retournement (ou du contournement) du sens vers le sensible. Cette révolution, ce retournement complet des codes, Jean Giono en parle très bien dans sa Présentation de Pan, il rapporte ainsi la « parabole de l’Acrobate » : « Avant je ne savais même pas que c’était beau par ici. […] » « Moi, le jour où je suis arrivé à mettre mon cou sous mon genou […], j’ai vu toutes les choses avec une autre allure. Ça avait changé. Ça faisait bien voir l’air d’alentour les choses. […] » « Tout ça, je l’ai vu seulement du jour où j’ai pu mettre mon cou sous mon genou. Je l’ai vu avec ma tête et mes jambes. Je sais même pas si ça existait avant. » 1 Cette ivresse du monde, jusqu’à en avoir la tête à l’envers, marque bien la puissance du corps à voir ce qui avait toujours était là sans que l’on y prenne garde. La nécessité d’une expérience englobante, d’une ex-cription du corps comme le dirait Nancy 2 pour faire l’expérience de la beauté, semble aussi violente que soudaine. L’ivresse se trouve alors dans la création même du monde, la main qui construit et qui touche, « toute l’intelligence des doigts, toute la flexueuse inquiétude de la paume, tout le savoir de cette base du pouce, tout le grand appétit de cette main qui voit » 3, comme le dit Giono, dévoile notre incompréhension. Tel est pris qui croyait prendre. L’idée de « revendiquer le réel contre les représentations » dans « une affirmation de notre capacité d’agir » 4 débarbarise le monde et le traduit dans un langage qui nous est propre. « C’est dans la rencontre entre le moi et l’altérité brute du réel que la beauté peut émerger, une beauté qui s’exprime par exemple dans la virtuosité avec laquelle un joueur de hockey manipule son palet. Cette rencontre du monde en tant que réel peut être une source de plaisir, voire un sentiment quasi religieux d’émerveillement et de gratitude. » 5 À la recherche de ces expériences initiatiques qui transforment le réel en œuvre d’art, nous nous attacherons à cerner ce qui avec la présence nécessaire du corps est à l’œuvre dans l’expérience esthétique. 1 Jean Giono and Henri Godard, Romans et essais: 1928-1941, La pochothèque (Paris: Librairie générale française, 1992). p 352 2 Jean-Luc Nancy, Corpus, Suites sciences humaines, 4, Éd. revue et complétée (Paris: Éd. Métailié, 2006). 3 Giono Jean, Solitude de La Pitié, Le Livre de Poche, 2759, Gallimard (Paris, 1970).p 78 4 Matthew B. Crawford, Marc Saint-Upéry, and Christophe Jaquet, Contact: pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver, Cahiers libres (Paris: la Découverte, 2016). p 42 5 Crawford, Saint-Upéry, and Jaquet. p 42
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https://hal-amu.archives-ouvertes.fr/hal-03141554
Contributor : Ilona Carmona <>
Submitted on : Monday, February 15, 2021 - 1:03:25 PM
Last modification on : Friday, March 5, 2021 - 4:52:54 PM

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  • HAL Id : hal-03141554, version 1

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Ilona Carmona. Révolutions initiatiques  : voir avec le corps. Barbare, le beau ?, Jun 2019, Aix-en-Provence, France. ⟨hal-03141554⟩

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